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Vendredi 16 mai 2008


Non… noooon ! Pourquoi ? Pourquoi ?! C’était juste un geste, juste un… battement de cil !

Défigurée !
Je l’ai défigurée. Il ne manquait plus que cette petite lueur dans son œil gauche. Elle était morte, encore ! Il ne manquait plus que cette petite lueur dans son œil gauche… plus que cette petite lueur dans son œil gauche !


C’est une catastrophe, une catastrophe ! Je tord mes mains d’artiste… médiocre démiurge ! Vieillard ! Tu l’as défigurée, elle était presque parfaite, elle… tu sentais presque sa poitrine s’élever. Elle respirait ! Elle aurait respiré, elle était la plus belle, presque parfaite... tu l’as défigurée, toi, maudit !


Ce gros trait noir scie sa joue et te crache à la face. Il scie sa peau diaphane, cette peau parachevée, idéale, humaine enfin ! Elle ne demandait qu’à s’éveiller, palpitante. A jamais rayée -à jamais, tu entends ?- par cette bavure immonde !


L’espace d’un instant, oui, juste un instant ! Qu’as-tu fait ? Misérable… médiocre, médiocre ! Tant d’heures tu y avais travaillé dans la lumière, tant d’heure tu y avais rêvé dans la nuit ! C’était le dernier point, le dernier trait ! Cette petite lueur innocente dans son œil gauche ! Ses paupières sont closes à jamais. Son œil gauche bave de l’encre, elle est borgne, la Nymphe est borgne !


Et toi, mon pauvre, tu es aveugle. Détruis, cache le crime, soustrais l’insoutenable à tes yeux, cette femme, cette surface tant désirée, laide, immonde, sacrifiée ! Si belle, si belle dans son affliction ! Tu es laid dans la tienne, je m’arrache les cheveux et je pleure. Je suis désespéré. Elle est morte, morte à jamais, je l’ai tuée ! Je l’ai tuée, et je pleure.


Demain je brûlerais mes pinceaux, je chasserai mes modèles, fracasserai les pots à terre. Mes toiles ? Peuh ! Elles n’étaient qu’un prélude à elle, à l’échec ultime ! L’échec ! J’arrache les rideaux, m’y enveloppe. J’étouffe, je déchire.


Adieu, belle inconnue, petit corps de peinture à la joue déchirée ! Tu brûles, déjà tu brûles, tu es belle. Je te mets le feu. Ta laideur disparaît dans cette toison de flamme. Déjà tu n’existes plus. Traîtresse, ô ! Tu n’existes plus. Maudite lumière de ton œil gauche ! J’ai perdu tellement plus que trois années.


Tableau de Gustave Courbet, 1843-45, Le Désespéré.

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 13 mai 2008


Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes.

Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles sous les branches,
Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches,
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.

Le soir tombait, un soir équivoque d'automne :
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre âme, depuis ce temps, tremble et s'étonne.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.


Paul verlaine, Les Ingénus dans: Fêtes Galantes






Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? - Non.

- Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! - C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.


Paul verlaine, Colloque sentimental dans: Fêtes Galantes



 

Par B. - Publié dans : Les mots des autres - Communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Lundi 12 mai 2008



Par B. - Publié dans : Regarder
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Samedi 26 avril 2008
Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une pomme-grenade une seconde avant l'éveil - Dali 1944







Le fracas de tes ongles sur le parquet laqué

Gros cheval au cœur mou à la bosse défoncée

Les yeux fous les yeux gros les yeux exorbités

S’approche et se recule s’approche de l’étoilé.

 

Arrière ! démon veule, arrière ! stratosphère !

Arrière paronomase ! Créature mortifère !

Va-t-en seul sismographe sans serpent solitaire

Jamais tu n’atteindras l’orgueil coléoptère.

 

 

Fracas oui de mon cœur sur le tapis-gymnase

Rebondit et s’étale se heurte et se déphase

Laissant des traces d’encre si l’amour est une phrase

Souffrant et jouissant fort, bavée avec emphase.

 

Qu’attends-tu, chose molle, siphon

Tourbillonnant, éponge à pamoison

Elan sans cornes, désir de sexe à foison

Siphon susurre et jette la déraison ?!


 

 

Assez ! Assez ! Le fracas de tes ongles sur mon cœur à frisson

Siphon de plénitude, parquet à déraison

Souffle, engraisse, gave, crisse, délavé

De tes mains de tes os la chair écartelée.

 

Diphtongue, va ! Saisit l’envol !

Jouit, souffle, t’envole et te retourne

Le boulier d’yeux est mort ils roulent sur le sol

Gros cheval au cœur mou le séisme t’enfourne.

 

 

Et le fracas des mots sur la feuille de papier

Vomit à pamoison l’inspiration viciée

Les mots fous les mots veules les mots déraisonnés

S’avancent et se reculent s’avancent vers le Léthé.

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 11 avril 2008

Bonjour, Docteur

Un problème, j’en ai peur.

Ce sont ces deux gros bras :

Ils ne me lâchent pas

D’une semelle.

Non : ils sont toujours là.

Où que je sois, ils s’en mêlent

Quoique je fasse, ils s’emmêlent

Et parfois même ils me font rougir de honte.

Ils sont lourds

Ils sont gros

Ils sont même pas capables

De me gratter le dos

Ces deux gros tubes rattachés à mes épaules.

 

J’aimerais des bras prodiges

Des bras fins

Des bras beaux

Des bras qui sans complexe

Reçoivent les cadeaux

Et des bras expressifs

Qui ne se tordent pas.

Mais mes bras, bras à moi

Ne disent rien : 

Ils sont là

Ballotants

Mous

Vieux

Incompétents

Quoi ? Oui : ventripotents

Sans dire rien à personne.

 

S’ils avaient des yeux

Ce serait plus facile.

Nous serions compagnons

Sûr, nous discuterions

De la pluie

Du beau temps

De la gestation des fourmis amazoniennes

Et d’autres choses encore.

Mes bras seraient de l’or

Du moins, à l’intérieur ;

Qui sait, ont-ils un cœur ?

Servent-ils à quelque chose.

 

Après tout, je ne sais.

Il est probable, qui sait

Qu’ils soient, à l’intérieur

Un beau verger de fleurs

Ou bien, un grand circuit

Cylindrique, un circuit supersonique

Pour petites voitures.

Peut-être qu’ils se disent :

Quoi ? Moi ? Un gros tube ?

C’est bien mal me connaître

Pas de quoi être fier.

Il suffit d’un regard

Pour voir, qu’à l’intérieur

Je suis un grand tiroir

Tout tapissé de bleu.

 

Moi j’ai, à l’intérieur

Un gros amas d’étoiles

D’étoiles jaunes en carton

Ou en papier crépon

(Je ne sais plus).

Mais si parfois, mon vieux,

Tu te bougeais le cul

Les étoiles gigot'raient

Elles gigot'raient gaiement

Et peut-être qu’alors

Tout serait différent.

Car sans te contrarier

Là elles sont bien coincées

Dans tes doigts boudinés :

D’ailleurs, ça me démange.


Encore un coup des fourmis amazoniennes.

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 31 mars 2008



Barrio Barbes, Mano Solo.
Par B. - Publié dans : Ecouter
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Dimanche 30 mars 2008

 

 Un lit. Une chaise. Une petite table. Des murs blanchis à la chaux. Je songe.

Dieu que je m’ennuie.

 

J’habitais dans une chambre de bonne, juste sous les toits – là où il fait chaud, l’été. C’était l’été, justement – et j’étouffais. J’étais allongée sur ma couchette, une jambe en l’air, croisée sur mon genou gauche, en train de lire Mémoires d’une jeune fille rangée. Je m’interrompais quelquefois pour contempler mollement mon vernis de pied écaillé. C’était laid. Je m’ennuyais.

 

Je me tirais de force de cette torpeur, au soir – aller au Paradise. N’en déplaise à Simone, ce farniente écrasant m’avait inspiré des envies de démesure. Ainsi, une soirée d’ivresse. Pourquoi pas.

 

C’est là que je le rencontrais. Dans la noirceur saturée de flashs de couleur, dans l’hystérie des spots et le vacarme caressant des basses, je ne discernais guère son visage, je n’entendais pas ses paroles. Mais j’avais un peu bu – et, soyons franche, j’en avais envie. Pourquoi pas ?

 

La suite ne vous regarde pas.

 

Il avait vingt-sept ans. Il était prof d’histoire, dans un collège un peu désordre. Il avait le nez droit et les sourcils cambrés. Il souriait souvent.

Nous aimions la même musique. Nous étions célibataires. Nous nous installâmes ensemble.

 

L’appartement était plus grand, avec des murs blancs, blanchis à la chaux. Il avait accroché au mur, dans des sous-verre, ses photographies agrandies. Nous avions choisi des meubles simples dans le catalogue.

Dans un sursaut de bonheur, j’avais arrêté la fac. Comment vivre avec de la philosophie ? J’étais fière des auteurs de ma bibliothèque – notre bibliothèque – mais je me faisais les ongles sur le tapis. J’avais l’impression de transgresser, de dire merde au monde, et je me sentais heureuse.

 

Quand il rentrait, vers 18h, parfois plus tôt, il mettait son petit blouson de prof sur le portemanteau et défaisait son écharpe en criant « y’a quelqu’un ? », comme s’il y’avait la moindre chance que je sois sortie. J’étais toujours engourdie dans une lecture, quelque part, sur le canapé. Ca le faisait sourire, l’air un peu réprobateur. Il aurait voulu que je « fasse quelque chose de mes journées » - mais au fond il était content de me trouver là, à l’attendre patiemment. Alors il me faisait la morale sans grand enthousiasme.

Parfois, lorsque rien n’était fait, lorsqu’il trouvait l’appartement en désordre, il s’emportait. Il devenait tout rouge, et ses sourcils se fronçaient, comme des queues de croches. Je ne pouvais pas m’empêcher de rire, et il finissait par tomber à côté de moi, pousser un gros soupir et m’embrasser.

Les jours passaient, lents, simples et bienheureux.

 

Puis je commençai à m’ennuyer.

 

Il faisait semblant de m’écouter, lorsque je lui vulgarisais quelque thèse passionnante. Ma voix se faisait plus aigue, et il répondait « qu’il ne fallait pas lui en vouloir, qu’il était historien, qu’il s’attachait aux faits ». Il lisait des bouquins barbants sur Marie-Antoinette, en répétant que c’était une femme magnifique. Il était inlassable sur ses élèves à problèmes. Il suffisait de voir comment il jetait son petit blouson de prof sur le portemanteau pour savoir comment s’était passée sa journée, bonne ou mauvaise, quelles anecdotes, quels ennuis. Il avait toujours les joues rouges, lorsqu’il sortait à l’air libre. Ca lui donnait des airs benêts.

Il insistait toujours pour que je le présente à mes amies, alors que je ne les avais pas vues depuis des mois. Il vouait un véritable culte à mon père, parce qu’il était physicien. Ma mère était, selon lui, « une femme très élégante ». Bien sûr, ils l’adoraient. C’était un garçon très bien.

 

Il voulait que j’arrête de me maquiller en noir, comme une adolescente. Mais il adorait me regarder me vernir les ongles, ça le fascinait – il trouvait ça puissamment érotique. Lui-même, bêtement, avait toujours une paire de petits ciseaux dans la poche arrière gauche de son jean, et il se les coupait avec soin et délectation, laissant traîner ça partout.

 

Il ne supportait pas que je regarde les jeux stupides à la télé. Il disait que « je valais mieux que ça ». Mais lui gobait des apéricubes sur le canapé devant des films américains.

 

Il voulait deux enfants – et surtout pas avec ces prénoms modernes qui ne veulent rien dire. Il était persuadé que je ferai une mère idéale, même si je ne le savais pas encore. J’étais forcément la mère de ses enfants. C’est bête comme il m’aimait. Il me regardait parfois avec des yeux de cocker qui me faisaient peur. Il ne comprenait pas que toutes nos discussions sérieuses finissent dans un lit.

 

Il avait une manière d’être attentif, attentionné, qui m’agaçait. Il me traitait comme un enfant malade, ou comme une femme enceinte. Il ne me contrariait presque jamais. Le plus souvent, il ne savait même pas de quoi je parlais. Il disait que je vivais dans un autre monde, que j’aurais bien fait de me tirer la tête de tous ces livres abstraits qui commençaient à s’empiler sur les étagères - que « la philologie mène au pire » en somme. Ah, si je sortais plus souvent, si je voyais, dans sa classe, comment étaient les gosses ! Mais non, excuse-moi, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, c’est comme ça que je t’aime. Tu m’embrasses ? Ca te ferais plaisir, du riz cantonnais, pour dîner ?

 

L’hiver était venu, il fallait acheter de nouveaux meubles. Je feuilletais discrètement le catalogue en regardant d’un œil vague toutes ces familles heureuses, aux dents très blanches. Je suçotais sans y prendre garde une de ses rognures d’ongles, qui traînaient sur le tapis. Je pensais à lui. Ce que je m’ennuyais quand il n’était pas là.

Les murs sournois se resserraient autour de moi. Ca n’était déjà pas très grand. Et puis, c’était blanc – comme aseptisé. Je regardais pour la première fois ses photographies, sur le mur. Des flous qu’il voulait artistiques. Des photos de famille sans âge. Il avait mis Platon dans un carton, « pour faire de la place ». Je n’avais plus envie de rien.

 

Il voulait un voyage, pour la Saint Valentin - notre première Saint Valentin. Par toquade, j’avais remis à mon petit doigt une bagouse que m’avait offerte, à cette occasion, mon premier amoureux. Il m’avait fait une scène de jalousie ridicule, et j’avais beaucoup ri, méchamment.

Je n’avais pas voulu partir : l’étouffement de ces murs blancs m’était devenu familier. Mais il voulait absolument fêter ça. Au moins me faire une surprise.

 

Je compris dès le coin de la rue qu’il m’emmenait au Paradise. Nous n’y étions pas retournés depuis – plus besoin. Ce rituel m’impressionnait, j’y voyais quelque chose de grave, de solennel. Mais bientôt je n’y pensais plus.

 

Ils faillirent ne pas le laisser entrer, parce qu’il portait son éternel jean et qu’il avait marché dans une merde de chien. Mais il avait une belle gueule, une belle gueule de blanc, d’intello citadin, et moi une robe très courte – pour voir sa réaction. Il dansa mieux probablement qu’il ne l’avait jamais fait. Nous bûmes un peu de champagne – il eut le tact de ne pas remarquer que c’était hors de prix. J’étais assommée par la musique, lourde et légère à la voix, comme les basses, comme la vie qui se réveillait en moi. Nous prîmes encore du champagne. Il devenait impudique, et bientôt il fut saoul. Je l’attendais dans le couloir devant les toilettes. Un bellâtre répugnant m’aborda, louchant sur ma robe. Je le jetais avec indignation, m’en étonnais ensuite : c’était la Saint Valentin.

 

Il ressortit pâle comme un linge, des spots intermittents rougissant sa figure. Mes talons me perçaient les mollets. Nous sortîmes. Il était quatre heures du matin.

 

Le trottoir était noir, sordide, presque gluant. Un vague lampadaire jaune tamisait les moustiques. Il n’y avait personne, rien que nous deux dans cette ville immense, son cœur battant dans sa paume fiévreuse, sa chemise à moitié défaite. Il passa une main lourde sur ma nuque collante.

« C’était tout comme la première fois » murmura-t-il, s’approchant, les yeux fermés déjà, pour m’embrasser.

Dans cette étreinte au vague goût de champagne, je sentis sous mes doigts les contours aigus des petit ciseaux à ongles, dans sa poche arrière gauche.

 

Un lit. Une chaise. Une petite table. Des murs blanchis à la chaux. Dans ma cellule, je songe. Pourquoi ? Il était gentil, pourtant. Je n’ai rien à lire, j’attends le plateau repas.

Dieu que je m’ennuie.

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 29 mars 2008

La version, c'est hyper utile pour mémoriser son alphabet: on devient rompu au feuilletage du dictionnaire. Que de mots, que de mots...! Les linguistes ont bien du courage. Mais on trouve quelques mots rigolos. Enfin, je trouve. Dans tous les cas, ça peut toujours être utile!

Expressions:
All's fair in love and war : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis (ça se discute...!). A propos de fair : to play fair = jouer franc jeu => fair play.
You could have heard a pin drop : une chute d'épingle à la place de notre mouche traditionnelle.
I've got pins and needles in my foot : j'ai des épingles et des aiguilles => des fourmis dans le pied.
to be sitting on pins and needles : être sur des charbons ardents.

Associations d'idées:
a trickle = un filet (d'eau, de sang). D'où: a trickle of people = quelques (rares) personnes.
uphill = qui monte (adj). Par extension, difficile.
ti pin = épingler. D'où: to pin somebody on the floor. Nous, on cloue. Ou encore: to pin one's hopes on something/somebody.
Stock = réserve. D'où? A stock phrase: un cliché. Mais aussi stock = bouillon => à ranger dans la catégorie suivante...

De première nécessité:
to waddle: se dandiner
oilskin: toile ciré, ciré
a three-pins plug: une prise électrique à trois broches
Et surtout: to pit: dénoyauter (mais heureusement, pas seulement).

Pour rattraper le coup:
to dance cheek to cheek = danser joue contre joue. Cheek veut aussi dire culot: étrange...
to stare into space = regarder dans le vide.
pin money = argent de poche.
to pit one's wits against somebody = jouer au plus fin avec quelqu'un.

Au final: une poésie surréaliste
Cruelle, je suis sur les charbons ardents. Ah! tu m'épingles, tu me dénoyautes! Au lieu de danser joue contre joue, tu regardes dans le vide. Tu ne joues pas franc jeu. Crois tu que, te dandiner en ciré, cela suffise? Je te clouerais au sol avec une prise électrique à trois broche: en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Quelques rares personnes seront là seulement: on entendra une mouche voler. C'est difficile, pour moi: je n'ai pas de grandes réserves de courage et le bouillon vient à manquer; déjà, j'ai des fourmis dans le pied. J'avais mis tous mes espoirs en toi. Ah! tu as voulu jouer au plus fin! Au desespoir, je paierais ton cercueil avec mon argent de poche. 
Par B. - Publié dans : Apprendre
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Samedi 29 mars 2008



Quoi ? T’as un problème ? Pourquoi t’es toujours là toi, le nez collé contre la vitre, à me faire des grimaces ? Je te plais pas, c’est çà ? Fallait le dire au vendeur.

Ouais j’sais, c’est un clown qu’tu voulais. T’avais envie d’exotisme, dans ton aquarium. Un peu d’orange pour relever le bleu électrique du néon. Mais tu crois que le clown se serait contenté d’eau du robinet ? Frimeur comme il est… Nan, tu pouvais pas. Et puis, t’avais pas beaucoup d’sous en poche. Alors t’as longé les rayonnages d’un air morne.

Ouais, morne ! C’est pour ça qu’j’ai du t’plaire. Sûr qu’j’ai pas l’air très joyeux. Tu t’lamentais d’ton sort quand t’as entrevu l’mien. Ca t’as requinqué… C’est que je m’emmerde moi, ici. Rien à faire qu’à nager toute la journée dans un eau filtrée. Mes voisins m’consolent pas trop, ils sont si beaux… Ils disent rien mais j’le sens bien, qu’ils s’foutent de ma gueule. « T’as vu le p’tit moche à côté, avec ses gros yeux ? J’aimerais pas être à sa place » Tu crois qu’j’aime ça, être à ma place, enfoiré ? Et mes yeux, ils t’emmerdent !

 

Bon, j’peux paraître pessimiste comme ça, mais j’étais pas si mal, dans c’t’aquarium. L’escargot laveur de vitre, c’était mon pote. On s’foutait bien du clown ensemble (et que je frétille dans les coraux… et que je me prélasse dans l’anémone…). J’avais pas froid et la vendeuse avait une jolie jupe verte. Mais voilà : j’aimais moins son épuisette.

Panique dans l’aquarium : razzia en cours ! Evidement, j’allais pas y échapper longtemps. Jusqu’ici j’m’en étais toujours sorti peinard ; c’est pas qu’l’esquive soit mon truc mais j’ai pas trop une gueule à être convoité, tu vois… Mais toi, saleté de gamin, l’a fallu que tu me choisisses, moi, entre tous ! L’épuisette avait déjà chopé Albert ; ben non ! C’était moi, qu’tu voulais ! « Oui, celui-là, celui-là ! » qu’tu couinais. J’étais zen comme une torpille. J’en aurais chié dans l’eau. C’est qu’on savait pas, nous, c’qu’ils devenaient, tous ceux que l’épuisette emmenaient !


Ben j’ai pas tardé à l'découvrir. Chouette, ta chambre. C’est quoi tous ces fils, tous ces écrans ? Ces poupées désarticulées en habit militaire qui traînent dans la poussière ? C’est pour moi, là, ce bocal ?

J’ai failli y devenir dingue. J’étais tout seul, j’tournais en rond. T’es où toute la journée ? Mais depuis qu’elle passe, à 15h, la dame avec de chouettes pantoufles qui frotte partout, j’vis mieux. Moi, amoureux ? Laisse-moi gerber. Les humains, c’est pas mon truc. Nan, c’est c’produit là, qu’elle vaporise sur la vitre. Ca sens si fort qu’à chaque fois j’en pleure, mais dans la flotte, ça s’voit pas. Ca m’fait voir des choses bizarres – ouais, encore plus flou que d’habitude. Momo, le premier poisson défoncé.

Ben ouais, Momo. T’aurais pas pu trouver mieux, non? Bah, j’t’en veux pas. T’es un chic type, quand même. Surtout à 7 et 17h. Ouais, là, pas à dire, tu t’occupes bien d’moi. Sympa ces boulettes de planctons. Mais l’reste du temps, quand t’es là, t’es sacrément chiant. Si si, tu t’rends pas compte ! D’ailleurs dégage de là, tu salis la vitre.

 

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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