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Mercredi 27 mai 2009
    

« Plus loin! plus haut! je vois encor



Des boursiers à lunettes d'or,



Des critiques, des demoiselles



Et des réalistes en feu.



Plus haut! plus loin! de l'air! du bleu!



Des ailes! des ailes! des ailes! »







Enfin, de son vil échafaud,



Le clown sauta si haut, si haut,



Qu'il creva le plafond de toiles



Au son du cor et du tambour,



Et, le coeur dévoré d'amour,



Alla rouler dans les étoiles.


















Théodore de Banville
Odes funambulesques


Image:
http://www.marionfournioux.com/illus.html


Par B. - Publié dans : Les mots des autres
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Lundi 30 juin 2008

Mal armée
Je suis mal armée
Pas de yeux revolvers
Pas de regard qui tue
Pas de bouche carmine
Antipersonnelle.

Mal armée,
Ma larme est
Sèche ou grelotte
Ou hypocrite, faible ou bigote,
Ou bien profonde, un océan
Qui au dehors, pleure du dedans

La bouche immonde
Du grand néant.
Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 29 juin 2008

Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.


 


Vers et prose (1893)

Par B. - Publié dans : Les mots des autres - Communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Jeudi 19 juin 2008


            Les lampadaires brandissent, fiers et élancés, leur affiche rutilante. Lettres d’or à moitié effacées mais riches en promesses, qu’aussitôt dévorent mille yeux avides qui papillonnent grelottants sur l’avenue frileuse. Malgré la rigueur de l’hiver fleurissent alors mille sourires, tandis que bourgeonne sous le parchemin des fronts soucieux le désir de saisir les plaisirs d’un soir échappatoire.

Un soir sous le portique illuminé de l’entrée du petit univers bariolé qui jusqu’ici vient planter ses piquets. Un soir sur le tapis pelucheux dont le rouge cramoisi gagne les joues des spectateurs, fesses trépignantes sur les gradins de bois. Heureuse, je suis de ceux-là. 

 

Sous la voûte de tissu que l’on tend chaque semaine sous un ciel différent pour que les étoiles n’assistent pas au spectacle clandestinement, bruit le peuple des spectateurs au plus joyeux de son humeur. Chaud chuchotis puis monstrueux murmure qui toujours s’amplifie pour donner le La au concert des voix vulgaires qui braillent leur impatience en bombardant de pop-corn leurs voisins conviviaux.

 

Enfin chutent les ténèbres. Les rires s’évanouissent, les clameurs s’étouffent, les genoux frémissent, les yeux s’écarquillent. Le temps s’est arrêté, et je retiens mon souffle. Un respectueux silence plane, et lorsque le rideau ondule jusqu’à disparaître, un parfum de magie précède l’odeur âcre des bêtes. Sur la ronde piste de sciure, soleil de cette nuit singulière, s’élancent, gondolants, deux puissants dromadaires.

 

Lascives, les femmes guimauves se tordent ; huileux, les lutteurs s’empoignent alors qu’habiles, les jongleurs se jouent de leurs torches de flammes. Immaculé, le funambule virevolte sur son fil, Pierrot d’un Arlequin au nez rouge, héro des tribunes puisque les enfants sont siens. Croissants ébahis, cierges des gradins, les sourires luisent de toutes leurs dents, que les fauves ont fort longues – sans parler des éléphants.

Ainsi défilent, dans un savant chaos de couleurs, de musiques et de pirouettes, les saltimbanques du cirque Z.

 

Au centre de la scène et de l’attention subjuguée d’un public conquis, ils sont tous réunis pour le salut final.

Claquent les paumes brûlantes dans l’air idolâtre,

Tonne la déferlante enthousiaste de leurs applaudissements,

Plient pour la dernière fois les artistes fourbus - les mains agiles jointes sous les mitaines, le front moite de sueur, sous l’épaisse couche de maquillage,

Effleurant le sable de la piste lacérée par leur passage,

Et le sourire indétrônable.

Déroulant leur ribambelle, ils s’enfuient, légers, sautillant, bondissant sur la simple estrade qui sépare les dieux des mortels, le rêve de la réalité, la magie de la monotonie. Infranchissable.

 

Et pourtant…

 

« Toi. Zoui, toi ! » m’avait-il dédié cette apostrophe, cambrant celle de son sourcil. « Ne te câche pas et viens-là, j’ai besoin de toi. »

Sentant dans mon ventre mes entrailles se tordre d’une peur ridicule et d’un plaisir certain, j’enjambai la basse estrade pour rejoindre sur la piste le diable hilare aux cheveux hérissés, aux chaussures démesurées, aux bretelles à pois et au nez peint qui m’invitait à basculer dans la drôlerie de son univers. Enviée de tous, je ne fus bientôt plus qu’à quelques centimètres de la salopette bouffante du bouffon – et aujourd’hui encore, je me glace de ce que je lus dans ses yeux.

 

Tristesse. Lassitude. Tranchantes ; de celles qui vous mettent l’âme à vif.

Et il souriait. Il me poussait du coude, plaisantait à la cantonade, zézayait à loisir, trébuchait, ronchonnait, sollicitait mon aide d’accessoiriste éphémère, éclatait de rire, mimait l’orang-outan, arrosait le Clown Blanc, tombait dans la poussière, marchait sur les mains, excitait les bambins. Il était parfait ; son œil, lui, saignait.

Il en avait assez de cette mascarade, de ces pitreries insensées. Il avait pris en horreur ce numéro stupide maintes et maintes fois rejoué qu’adulait la foule sur laquelle il aurait aimé lâcher les tigres, parce que ses éclats de rire étaient autant de poignards blessant sa dignité d’homme, son orgueil de vieillard. Il aurait voulu s’asseoir dans un bureau blanc, vide et calme, face à la fenêtre que nulle trace de doigt ne viendrait entacher, loin de toute cette poussière, de toute cette sueur, de ce tintamarre, de cette chaleur, de ces couleurs qui épuisaient les yeux, de ces exercices qui torturaient les corps, de cette bonne humeur forcée, de ces piédestaux prétentieux.

 

Mais il fallait bien vivre !

 

Alors, depuis des années, il faisait la seule chose qu’il savait faire et à laquelle il excellait, condamné à sourire à son ennui, à rire de son malheur dans le monde d’illusions qui le verrait s’éteindre, seul avec son remord de s’être noyé dans le rêve, happé par les paillettes, saoul de cabrioles.

 

              C’est l’âme mélancolique que ce soir-là, après m’être laissé emporter, minuscule, par la foule piétinante qui quittait à regret le chapiteau pour la grisaille, louant encore tout bas les exploits de ceux qui avaient sculpté leurs iris en forme d’étoiles, que je longeais, les poings dans les poches, l’avenue frileuse où les lampadaires brandissent, fiers et élancés, leur affiche rutilante.

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 13 juin 2008


 

Par B. - Publié dans : Regarder
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Vendredi 13 juin 2008




Par B. - Publié dans : Regarder
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Mardi 3 juin 2008

Est-il possible

Possible

De haïr aussi fort

Et de crever

Les murs de ses cris

Ecartelés

 

Fuis, tremble et regrette

Car je te souhaite

Tout ce que la Nature

A crée de plus sale

Tout ce que l’Aventure

A crée de plus pâle

 

Puisse la Terre

T’engloutir

A peine auras-tu

Percé à la lumière le ventre de ta mère

Levant un poing rageur terrifiant nouveau né

Dans la grande salle blanche aux murs aseptisés

 

Plus loin

Sur le toit de ton adolescence

Est un grand puit sans fond

Sans foie

Cent fois tu as craché

Ta bile ton amertume

 

Sur les dalles de marbre

Sur l’herbe du printemps

Sur le tableau d’ardoise

Sur le bord du trottoir

Sur les photos d’enfance

Sur les secrets des grands

 

Haine, violence, ardeur

Malfaisante qui tord

Les corps et les sourires

Aux fossettes de cendre

Et aux courbes blessées

Du sang au creux des rides

 

Tes pleurs dans les flaques

Nourrissent les canards

Et tu jettes des pierres

Avec une force molle

L’espoir s’en est allé

Ricochet ridicule

 

Sur la surface bleue

Ce bleu froid qui miroite

Il a cru atterrir

Sur quelque île au cœur chaud

Mais ce lac là est rouge

Cette nuit là est noire

 

Ton fleuve à toi s’écoule

Et tu meurs dans le noir

Ton fleuve à toi s’écoule

Le noir sans oxygène

Le noir sans oxygène

Le noir sans oxyg

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 23 mai 2008
http://thesartorialist.blogspot.com/ (blog très "trendy", avec quelques belles photos de mode un peu moins ampoulée)


On dirait une grosse mouche.
Par B. - Publié dans : Pensée en l'air
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Dimanche 18 mai 2008



Les plus belles chansons sont les chansons tristes.
Par B. - Publié dans : Ecouter - Communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Vendredi 16 mai 2008

 



Pourquoi elle ?
C’est moi qui l’épouserai.

Je ne suis pas trop jeune. Je ne suis pas trop laide.
Regarde !
J’ai deux beaux seins blancs et fermes.
Je suis jeune.
Je suis belle.
C’est moi qu’il choisira.


Il est à moi, et cette main provocante sur mon épaule, bientôt tu la rongeras de dépit.
Moi, je serai partie de la maison, la première.
La première, tu m’entends ?
Tu moisiras ici.

J’aurais une maison, un mari, et je battrai mon propre linge.
Tu peux bien attendre quelques années de plus.
Tu n’es plus à ça prêt - vieille fille !

Martine est d’accord avec moi, je le sais, je le sens. Elle a la tête sur les épaules.
Q’importe que tu sois la préférée de Maman !
Maman est une veuve aigrie et acariâtre.
C’est sous son nez que je sifflerai ton beau mari, avec cette main là, tu la vois ?
Tu la verras bientôt.

Etienne me revient.
Il me revient de droit.


Je suis jeune, je suis belle, et nous jouions ensemble.
Tu inventais nos jeux, mais c’est nous qui jouions.

Qu’importe ce que tu es devenue aujourd’hui.
Qu’importent toutes ces caresses dont on t’a élevée.
Tu peux bien faire la fière dans ton chapeau de paille !
Profite-en : tu t’en nourriras bientôt.


Je suis capable de tout.



Tableau de Gustave Courbet, 1846-47, Les Trois soeurs de Courbet

Par B. - Publié dans : Les mots de B. - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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